Pour la petite histoire...
Mon amour du dessin commence au lycée. C’est pas tellement que j’aimais le dessin, d’ailleurs, mais un de mes camarades de classe avait un méchant coup de crayon pour nous camper un Lucky Luke mieux que l'original ou la série des cousins Dalton, colt au poing, ou encore un indien à cheval au galop (le cheval, pas l'indien)... Et ça semblait si simple que je me suis pris au jeu et c’est à force de vouloir l’imiter que mes doigts petit à petit ont appris le geste…Et mon crayon n'a alors pas cessé de s'agiter tant pour croquer mes camarades d'école, que pour éditer quelques histoires sans parole, ni avenir, d'ailleurs...
J'ai titillé la gouache à l'admiration bienveillante de mon père, mais dans les cités ouvrières du fief Peugeot, l'art n'avait pas vraiment droit de cité, et mes résultats scolaires m'envoyèrent exercer mes talents en école d'ingénieurs.
J'y ai toutefois mis à profit mon goût pour le dessin dans diverses réalisations (affiches, invitations, design, décors de théâtre...) et en 1966, ma première sculpture : une sirène grandeur nature (plâtre plastifié sur armature métallique)...
...
Et le temps a passé, mariage, enfants, boulot, déménagements... Quelques dessins, genre BD, lâchés de-ci de-là, des faire-part divers...Jusqu'au jour où on m’a offert une boite de peinture à l'huile. Ô joie !
Ma première "peinture" sera une huile sur carton : "Bronzes".
Si je suis admiratif des grands classiques de la peinture, j'ai le sentiment de ne pas maîtriser la couleur et je reste pantois devant ces toiles de mes contemporains, qui bien qu'abstraites, révèlent maîtrise, équilibre et harmonie... Et je sens derrière cette maîtrise, une somme de travail et d'essais que je ne me sens pas d'assurer... Et peut être aussi une espèce de sensibilité que je n'ai pas.
C'est en 1990, en vacance chez une relation amicale que son compagnon, sculpteur professionnel en Bretagne, m'a prêté ses outils et que j'ai commencé à taper dans la pierre. Et quelles pierres : un granite d'une dureté incroyable ("Théâtre") et une pierre pourrie ("Candide") qui servait de bordure à un feu de camp...
Alea jacta est... La retraite approchait, j'avais trouvé ma voie...
L'opportunité d'une préretraite progressive m'a permis de lancer la construction dans notre maison d'une véranda en vue d'y installer mon atelier de sculpture... Et 2 ans plus tard, les pierres et la poussière étaient mes compagnons.
Evolution
Ma première démarche, une fois la véranda terminée, a été d'aller acheter les outils directement chez le fabriquant, histoire de récupérer outre les outils professionnels, des conseils, des idées, des orientations.
Tout en signant mon chèque, j'interrogeai mon vendeur sur sa connaissance éventuelle de qui pourrait bien me permettre d'avoir des pierres pas trop pourries et pour pas trop cher. Et chose incroyable, il me dit :
- Juste à la sortie du village, vous avez un artisan qui débite de la pierre pour les marbriers et autres professions du batiment... Allez le voir...
Un sympathique jeune homme tout blanchi de la poussière de pierre m'accueillit et m'autorisa à récupérer des chutes (des perles pour moi) de pierre en m'en décrivant qualités et caractéristiques... Et le coffre plein de 200 ou 300 kg de pierres diverses, je suis rentré déposer mon trésor dans ma véranda.
La période "Pierre"
a débuté dans le doute. La pierre, c'est la matière noble par excellence, avais-je le droit de me lancer comme ça de but en blanc dans la création sans passer par des ébauches en terre ? J'en ai fait quelques-unes, dont une seule est restée, mais rapidement, j'ai eu le sentiment de perdre mon temps à résoudre des problèmes "mécaniques" liés à la mollesse de la terre plutôt que d'attaquer directement la pierre qui elle, se tenait toute seule...
Avec quelques abandons, 3 ou 4 ruptures et quelques belles choses, et en particulier la réalisation pour un ami d' ONDINE dans une borne kilométrique, j'ai finalement eu beaucoup de plaisir à me battre avec cette matière... Jusqu'au jour où je suis tombé sur un outil qui bien évidemment n'était pas destiné au travail de la pierre, mais du bois...
Une petit fraise en acier rapide…
En un après-midi, j'ai pu sortir d'une branche de cerisier une main, index pointé, ("Doigt") qui m'a donné la direction à suivre.
La poussière de pierre commençait à s'infiltrer partout au grand dam de ma compagne, et c'est ainsi qu'à commencé
la période "Bois",
entre satisfaction ménagère et rapidité d'accès à la forme visée, sans compter la beauté des veines de certaines essences.
Là aussi, mais en farfouillant sur Internet, j'ai trouvé les coordonnées d'un marchand de bois qui débitait quasiment à la demande, des tronçons dans des bois aux qualités et caractéristiques qu'il a pu me décrire avec professionnalisme, mais que j'ai tout aussitôt (à ma grande honte) oubliées. J'évoque ceci pour couper court à la première question qu'on me pose régulièrement : "C'est quelle pierre,... c'est quel bois ?..."
Le passage à
la période "Siporex"
a été le résultat lui aussi d'un concours de circonstances. Visitant le mini-golf que réalisait un ami, comme celui-ci me montrait les quelques animaux qu'il pensait utiliser pour décorer chacune des pistes, (ça en fait, pour un 18 trous...) je lui proposai de lui en créer pour compléter son parcours. C'est ainsi que sont nés "Cadichon du golf" et le "Chat". Il a fallu trouver une approche technique qui utilise les avantages et pallie les inconvénients du matériau. Mais si on y va doucement, et avec pas mal de temps passé à la finition, on peut faire rapidement des choses intéressantes.
En 2013, le bois et le siporex restent mes matériaux favoris... sous réserve d'une nouvelle opportunité... J’ai encore quelques morceaux de bois qui me font signe de dessous l’établi, et des blocs de siporex qui m’attendent chez Casto… Et des crayons qui s’agitent dans leur petit pot, avide de cracher sur le papier des formes, des silhouettes, des volumes…
Oup's !
J'allais quitter ce petit tour sans parler du bronze ! C'est pourtant le walhalla, l'eldorado, le nirvana du sculpteur. J'ai la chance d'habiter à proximité de la fonderie d'art Barthélémi à Crest où j'ai vécu la transmutation de ma Maternité de pierre en une descendance multiraciale... Jetez un oeil sur le 3D-Bronze, vous comprendrez.
Merci d’avoir eu la curiosité de cheminer avec moi.
A bientôt pour de nouvelles sculptures, peintures, aventures ?